Pèlerin 19juin 2008 Page66

PLAISIR DE LIRE

 

Comment garder la mémoire du combat des salariés contre la fermeture de leur entreprise pharmaceutique ? Par la fiction, a répondu Sylvain Rossignol, passionné du monde du travail et auteur de Mon usine est un roman.

Sylvain Rossignol « On se construit à travers le travail »

 

Une commande est à l'origine de Mon usine est un roman. Celle d'un groupe de salariés de l'entreprise pharmaceutique Sanofi-Aventis qui s'est battu durant six ans pour la survie d'un centre de recherche, à Romainville, en région parisienne. « Nous avons ressenti un très grand sentiment d'injustice face à la fermeture de ce site non déficitaire qui oeuvrait, de surcroît, pour la santé de tous, témoigne Annick Lacour, ex-technicienne de ce laboratoire, militante CGT et cheville ouvrière de cette aventure éditoriale. Nous avions besoin d'exprimer notre souffrance. Pièce de théâtre, film... Après réflexion, nous avons opté pour un livre de témoignages. Et nous avons recruté Sylvain pour l'écrire. » Assis aux côtés d'Annick dans le bar parisien où nous avons rendez-vous, Sylvain Rossignol renchérit : « La question de la perte du travail me passionne, dit-il. Parce que l'on se construit à travers le travail dans ce que l'on a de plus intime. »

De formation scientifique, Sylvain Rossignol écrit des nouvelles. Il a connu deux fois le chômage et assure des formations auprès de militants syndicaux et de comités d'entreprise.
Après un an d'enquête et une soixantaine d'interviews, Sylvain Rossignol a choisi d'écrire un roman. « J'étais pétrifié à l'idée de trahir leur point de vue. En passant par des personnages fictifs, j'ai pu prendre de la distance et raconter à ma façon comment les liens humains se tissent autour du travail. »

Mon usine est un roman démarre le 18 septembre 1967. Titulaires d'un brevet d'études industrielles en chimie, Franck, Isabelle et Dino entament leur première journée de travail à Romainville. L'entreprise Roussel-Uclaf, fleuron de l'industrie pharmaceutique, est alors pour ses salariés « la maison des hormones et des antibiotiques ». Pierre, le nouveau délégué du personnel CGT, appelle à un arrêt de travail spontané...

Les trajectoires de quelques employés, leur vie personnelle modelée par le travail et leur solidarité de militants forment la trame de cette chronique sociale. C'est à travers eux qu'est racontée l'histoire de cette entreprise jusqu'à sa fermeture définitive, en 2004, avec 660 suppressions d'emplois.

« Ce roman n'est pas le résultat d'une enquête ni un livre d'équilibre, précise Sylvain Rossignol. Je n'ai pas cherché à rencontrer la direction. C'est le regard des salariés et des militants que je rapporte. Je connais beaucoup de militants syndicaux et je n'ai pas d'eux une vision idyllique. Mais j'ai été frappé, dans cette histoire, par la férocité de la discrimination syndicale. »

Les salariés se reconnaîtront-ils dans ce roman ? C'était la principale inquiétude de Sylvain et Annick après la publication du livre, fin mai ! Je me suis permis de les rassurer : j'ai dévoré cet ouvrage de 400 pages. Ce livre passionnera tous ceux qui s'intéressent au monde de l'économie et aux liens de solidarité qui se forgent dans le travail. On y puise la force de ne pas subir !   n

ISABELLE MARCHAND n

Mon usine est un roman, de Sylvain Rossignol, Ed. la Découverte ; 21 E.